Je me nomme Olivier J. Bergeron, j’ai cofondé l’agence numérique Click & Mortar et j’enseigne la web analytique à HEC Montréal. Auparavant, je m’habillais en laitier et vendais des croissants sur internet.

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Vous lisez Souveraineté numérique et vous pensez au Parti Québécois, au référendum de 1995 ou à des feux d’artifice du Tigre Géant un soir de 24 juin?

Aucune de ces réponses.

Il est plutôt question d’un mariage que d’une séparation.

Un mariage entre le Québec et son potentiel entrepreneurial. Entre les géants du web et nos politiques gouvernementales. On parle ici d’une histoire d’amour plus funambulesque que celle d’un couple d’Occupation Double.

À coup d'une pièce de contenu par mois, mon objectif est de faire naître en vous ces petits papillons de romance face à ce qu’un Québec maître de son économie numérique pourrait être.

«Pourrait être» parce que disons les choses comme elles le sont, nous sommes loin du but. Si Paul Graham affirme depuis longtemps que «software is eating the world», le GAFA ne fait qu’une bouchée du Québec. Qui plus est, cette bouchée est à l’image d’un concours de hot dogs au Texas un matin de 4 juillet: elle se passe beaucoup trop vite.

La majorité de nos entreprises ne réalisent pas l’ampleur du débalancement de pouvoir qui s’opère. Presque qu’aucune d’entre elle n’est à l’abri d’une mort aux mains d’un de ces Goliath. Au niveau gouvernemental, c’est le lièvre et la tortue, sans morale à la fin. On offre des subventions à des industries déjà très touchées, comme les médias, pour les maintenir sur le respirateur artificiel. Avez-vous déjà vu un médecin recommander de mettre un band-aid sur une hémorragie? Pire encore, on ne s’assure pas que notre fiscalité nous rendent un juste retour des choses pour notre capitulation inconsciente. Jeff et Mark mangent leurs hotdogs sans assiette fiscale.

Nous sommes collectivement mal éduqués, et donc outillés, pour saisir les enjeux numériques dans leur globalité. Pendant ce temps, les géants du web profitent de cette asymétrie d’information pour accélérer leur conquête.

Compte tenu de ce contexte, il me semble impossible que nous posions des actions aujourd’hui qui assureront notre bien-être demain. La souveraineté numérique, c’est notre capacité à maintenir notre indépendance dans cet espace. Maintenir notre indépendance dans l’espace numérique, c’est assurer notre économie du futur.

Je m’arrête içi avant de trop m’exciter, mais sachez que je laisserai pas sécher ma plume bien longtemps.

À bientôt,

Oli

Illustration par Maude Hallé